Bougainvillées

Les fleurs de la vie.

A Valentin
Et à un petit garçon qui ne sait plus que pendant un mois
Il a répondu au prénom de Joseph,
Mon petit Jojo…

 
Un jour, les parents d’un petit garçon se sont disputés. Son père l’a pris avec lui mais l’a laissé dans une rue de son quartier. La police l’a trouvé dans la nuit. Et c’est comme ça qu’il est arrivé chez nous.
Chez nous… Dans cette maison pleine d’enfants en attente de parents que nous appelions « la poup’ ». Chez nous, chez eux… Nous faisions de notre mieux pour qu’ils soient bien. C’était chez nous et chez eux, on disait « la poup’ » comme on aurait dit « la maison », d’ailleurs on ne disait pas « la maison ». On n’avait pas vraiment de maison nous non plus. Mais on partageait un chez-nous. Ce n’était pas tout à fait pareil. Notre chez-nous était ouvert, toujours prêt à accueillir un nouveau pensionnaire, ou bien des amis de passage.
C’est dans cette maison endormie qu’il est arrivé, en pleine nuit. Ce soir-là ce petit garçon était comme enfermé en lui. Sister disait qu’elle avait eu l’impression qu’elle aurait pu lui faire n’importe quoi, sans qu’il réagisse. Quand je l’ai rencontré, le lendemain matin, il pleurait, presque en silence, comme un gémissement. Il regardait le sol autour de lui, perdu. Petit oiseau tombé du nid. Alors je l’ai pris dans mes bras, il a posé sa tête sur ma poitrine et attrapé le col de mon boubou. Petit mousse tombé à l’eau qui trouve une bouée. Ensuite, chaque fois que je le prenais dans mes bras, il reprenait cette position. Il me semble que j’aurais pu passer ma vie entière ainsi, avec ce petit bonhomme contre moi.
Comme nous ne connaissions pas son prénom, les sœurs lui en ont choisi un. Ce fut Joseph. Et son lit a trouvé une place à côté de celui d’un autre petit naufragé, prénommé Nabil, et arrivé quelques jours plus tôt.

Tout seul, Joseph était perdu. Son regard s’égarait et il pleurait en cherchant… quelqu’un sans doute.
En salle de jeux, il avait cette même peur. Il y avait trop de monde autour, trop de bruit. Quand il m’entendait ou qu’il m’apercevait, il pleurnichait en me tendant les bras. Si quelqu’un d’autre m’approchait, il se remettait à pleurer et tentait de chasser son rival. Une de nos grandes filles de douze ans, disait de lui qu’il était « jaloux-malade »!!! Elle s’en amusait et le provoquait en riant.
Pourquoi était-il si proche de moi ? Je ne sais pas. Peut-être à cause de ce câlin le lendemain de son arrivée. La bouée. J’avais dû le rassurer. Ou alors, peut-être que je lui rappelais quelqu’un. Le nid ?
Je ne sais pas. Et je ne le saurai jamais.
Mais en tous cas, il m’avait choisie… Pour l’apprivoiser.
Car même s’il me réclamait et se calmait généralement quand il était dans mes bras, Jojo avait besoin d’être apprivoisé. Il a fallu du temps pour que son regard ne fuie plus le mien, pour que des sourires apparaissent sur ses lèvres, qu‘il sorte doucement de sa bulle. J’essayais de ne pas le forcer à quoi que ce soit, de le respecter.
Le soir, dans la nuit de la chambre avec la lumière de la pièce voisine qui entrait par la porte ouverte, j’allais m’asseoir par terre devant son petit lit  à barreaux et celui de Nabil. Mes deux petits bonhommes perdus. Ces deux-là, arrivés presque en même temps, se ressemblaient un peu par leur maigreur et leurs regards perdus. Souvent je chantais, tout bas, pour ne pas réveiller les autres. J’aimais la pouponnière à cette heure. C’était calme, silencieux. Les enfants dormaient presque tous. Ils me souriaient en silence ou me tendaient les bras quand ils me voyaient passer. Je passais une main à travers les barreaux du lit de Joseph, l’autre dans le lit de Nabil, et je les regardais. Au début, Nabil était encore trop triste pour accepter d’y prêter attention mais il ne la rejetait pas et c’était déjà un pas. Joseph, lui, repoussait quelquefois ma main, puis il la réclamait à nouveau, il jouait à la retourner, l’ouvrir, la refermer. Il posait sa tête dessus, les yeux perdus et si tristes. Petit à petit, il a commencé à lever ses yeux de ma main à mes yeux. Petit à petit, des sourires sont venus éclairer son visage. Au bout de quelques temps, lorsque je faisais ma « tournée » de bisous avant d’éteindre les lumières et quitter la poup’, il se levait en souriant lorsque je n’étais plus qu’à un ou deux lits du sien et me tendait son visage pour avoir « sa part ».
Bien après le départ de Joseph, je me suis aperçue que je n’allais presque plus jamais à la pouponnière à la nuit tombée, avant le dernier biberon, alors qu’à ce moment-là j’y passais presque tous les soirs.

Jojo était venu fleurir un mois de ma vie. Puis il a disparu et depuis, j’ai un peu l’impression d’avoir un enfant quelque part… Je ne sais pas s’il va bien ni s’il est heureux, s’il est aimé, s’il a à manger, s’il marche, s’il ira à l’école dans un an ou deux.
Jojo était le plus beau petit garçon du monde car je le voyais avec les yeux de l’amour. Les parents qui me lisent savent ce que je veux dire, tous ceux qui aiment, savent ce que je veux dire. Aujourd’hui, les gens qui regardent des photos de lui ne se rendent pas compte à quel point il était beau. Ils voient les irritations sur les joues, ils remarquent les signes du gros rhume, le peu de cheveux, la maigreur… Moi-même, sur les photos, je m’étonne de ne pas le voir si beau que quand il était dans mes bras. Il manque quelque chose. Il manque la vie, bien sûr. Et puis les photos, c’est toujours un peu décevant. Quand on photographie un paysage, on trouve qu’il manque quelque chose, l’immensité parfois qui n’est pas rendue, ou alors la chaleur, le vent, le chant des oiseaux, une certaine odeur agréable (ou non) qui flottait…
Aux photos de tous mes enfants de quelques mois, il manque le mouvement, le rire, la voix, les pleurs. Car nous avons cinq sens et nos souvenirs s’appuient sur ces cinq sens. On a tendance à croire que seules les images restent mais c’est faux. On reconnaît un enfant à ses cris, à son rire, à la façon qu’il a de se tenir quand il est dans les bras, à la façon dont il suce son pouce ou s‘endort… et pas seulement à la tête qu’il a! Mais sur les photos, il ne reste que ça. Tout ce qu’il y a autour n’est plus présent qu’en nos cœurs et nous devons mettre des mots dessus pour les partager. Ce n’est pas toujours facile. Parler de Joseph n’est pas facile. Pourtant je tiens à parler de lui. De lui et de Nabil, car même s’ils n’ont passé qu’un mois ensemble, leurs deux histoires se ressemblent un peu et sont liées. Je ne peux pas parler de l’un sans parler de l’autre.

Je les ai rencontrés lors de mon deuxième séjour à Djibouti. Je savais que je devais me méfier un peu des Sahal et des Kadira, que c’était dangereux de s’attacher et que je devais faire attention. Un jour ces enfants s’en vont. Ils ont une famille et vous oublient. C’est pour ça qu’ils sont là. C’est le plus beau qui puisse leur arriver et c’est ce qui me rend si heureuse. C’est à ça que nous essayons de les préparer dès leur arrivée. Quand j’ai remarqué à quel point Joseph s’attachait à moi, j’ai compris que je me mettais un peu en danger et lui aussi peut-être. Alors j’ai essayé d’imaginer son départ pour la France avec une nouvelle famille et je lui en ai parlé, souvent.
C’était assez difficile à imaginer. Comme à chaque fois d‘ailleurs. S’imaginer les départs, ça fait un peu de peine, on ne veut pas quitter ces enfants qui nous sourient chaque jour. Mais dans la réalité, les départs sont toujours plus faciles que ce qu‘on ne pensait, parce qu’il y a l’amour de ces nouveaux parents que l’on ne peut pas imaginer. C’est si merveilleux. Il m’est quelquefois arrivé de pleurer avant le départ de certains enfants, et d’avoir peur de craquer le jour de leur départ…
Mais quand le grand jour est là, je suis toujours émerveillée, heureuse, sur un petit nuage. D’ailleurs, quand on me demande ce qui m’a le plus rendue heureuse à Djibouti, quels sont mes meilleurs souvenirs, je réponds toujours: « les départs ». Cela étonne souvent, Et pourtant… Il y a d’un côté ces parents qui découvrent avec émotion celui ou celle qui est désormais leur enfant. Et puis il y a ces enfants qui nous regardent avec un peu d’étonnement, comme s’ils nous demandaient : « C’est bien vrai? Ce sont bien mes parents? Ceux que vous m’avez promis et annoncés? Ceux qui vont m’aimer pour toujours? » A partir de ces jours-là, je sais que je n’ai plus de souci à me faire pour les enfants, que quelle que soit leur vie, ils vont être aimés et donc heureux. Je fais confiance aux nouveaux parents même si je ne les vois que quelques heures, quelquefois je ne les vois même pas du tout. En fait, je n’ai pas vraiment le choix, car je leur confie des vies qui me sont précieuses, mais ce n’est jamais difficile de leur faire confiance, car on peut voir que l’amour unit déjà les parents à leur enfant.
Alors même si c’était un peu difficile d’imaginer le départ de Joseph pour une  nouvelle vie, c’était ce à quoi je voulais me préparer, pour pouvoir le préparer lui aussi. Je lui imaginais les meilleurs parents du monde, comme toujours et si tant est qu’ils existent… Je craignais d’être déçue par eux alors que ça n’arrivait jamais. C’est fou comme on peut facilement se croire indispensable et irremplaçable ! Alors qu’on sait bien pourtant…
Mais Joseph est reparti bien plus tôt que ça, avec sa Maman de Djibouti. Quand on y pense, c’était sans doute elle sa meilleure Maman du monde. Et ça malgré toutes les considérations financières ou autres sur lesquelles certains s’appuient pour dire que les enfants sont mieux en France qu’en Afrique. Moi, je pense que le meilleur endroit du monde pour un enfant, c’est dans les bras de celle qui l’aime assez pour qu’il l’appelle Maman. C’est avoir sa main dans la main de celui qui irait au bout du monde pour lui : son Papa. Ça n’a pas d’importance que ce soit en France, à Djibouti, à New York ou au Vietnam.
Enfance dorée ou poussiéreuse…
Châteaux de sable ou bonshommes de neige…
Un enfant a besoin d’une Maman pour pouvoir lui offrir ses premières fleurs. Pâquerettes ou bougainvilliers, quelle importance?
La Maman de Joseph est venue le rechercher chez nous au bout d’un mois. Je travaillais ce jour-là et c’est moi qui ai rendu Joseph à sa Maman. Comme lors des départs pour la France, il est passé de mes bras à ceux de sa Maman pour toujours. Mais cela n’était pas tout à fait comme lors des départs pour la France malgré tout.
Pour moi, il a disparu. Aussi brutalement qu’il était apparu. Je ne m’attendais pas plus à son départ qu‘à son arrivée. Quand sa Maman est venue, nous ne pensions pas que c’était celle de Joseph mais celle de Nabil. Lui, n’allait vraiment pas bien à ce moment-là, il refusait encore souvent de manger, pleurait beaucoup et ne se calmait même pas dans nos bras, il refusait tout et nous pensions que ce serait mieux pour lui que sa Maman de Djibouti revienne le chercher. Mais c’est celle de Joseph qui est venue. Après leur départ, je suis allée m’asseoir un peu avec Nabil. Je crois que je lui ai parlé mais je ne sais plus ce que je lui ai dit. Je crois m’être excusée de lui avoir dit quelques minutes plus tôt que sa Maman était venue pour le rechercher alors que ce n’était finalement pas le cas. J’avais l’impression de l’avoir un peu trahi et je m’en voulais, même si je n’y étais pour rien. Je suppose que je lui ai répété que nous allions l’aimer et prendre bien soin de lui en attendant que des parents viennent le chercher. J’espère qu’il m’a crue, je crois que je ne devais pas être très convaincante à ce moment-là. Peut-être que c’est plutôt moi que j’essayais de convaincre que je n’étais pas inutile et que même si Jojo venait de sortir de ma vie, d’autres enfants avaient besoin de moi pour réveiller des sourires sur leurs lèvres et accepter qu’on les regarde avec amour. Nabil était de ceux-là. Et ce jour-là c’est sans doute lui qui avait le plus besoin d’attention et de respect pour grandir et fleurir.
Fleurir, comme des fleurs ? Je me souviens un jour, en France, après tout cela, j’avais été blessée par les mots de quelqu’un qui disait en toute bonne foi à des parents adoptifs que la vie de leurs enfants avait commencé le jour où ils étaient arrivés dans leurs bras. Le partageant à des proches, j’avais dit : « Je n’ai pas eu l’impression d’avoir arrosé des plantes en pot pourtant ! » Des plantes en pot non, de belles fleurs peut-être. C’est en tout cas une façon de rendre les mots de cette personne moins durs et de les accepter. Car les enfants sont comme des fleurs, ils embellissent le quotidien, certains poussent presque tout seuls alors que d’autres ont besoin de beaucoup de soin et d’attention pour s’épanouir. Nabil était une petite fleur fragile mais il est devenu un magnifique bouquet et des parents sont venus pour lui. Je suis sûre que depuis il est encore plus beau et qu’il fleurit pour eux jour après jour.

Après le départ de Joseph, quand je voyais des enfants en ville, je ne pouvais pas  m’empêcher de les dévisager, j’espérais toujours reconnaître mon petit Jojo. Je ne l’ai jamais revu. Bien sûr. Je sais bien que je ne le reverrai jamais, mais il y a toujours eu ce petit espoir de le croiser. Il ne faut jamais dire jamais paraît-il alors…
Pourtant je sais bien que si je le croisais aujourd’hui il ne me reconnaîtrait pas et ce serait donc plus difficile encore. A moins que je ne le reconnaisse pas moi non plus. Et même si nous nous reconnaissions, je ne pourrais pas aller le voir, expliquer à sa Maman qu’elle m’a déjà vu une fois, que je connais son fils et que j’aimerais l’embrasser ou savoir comment il va. Ce serait la renvoyer à ce mois qu’elle a passé séparée de son petit garçon, et même si ce ne serait pas mon intention, elle risquerait d’y voir un jugement. D’ailleurs, il y a peut-être plus de chances aujourd’hui que ce soit elle qui me reconnaisse plutôt que Joseph. Car il y a déjà plusieurs mois qu’il est sorti de ma vie.
De ma vie oui, mais pas de mon cœur. Pour moi il est toujours là et c’est hier que je le prenais contre moi. En effleurant sa photo du regard, j’ai toujours envie de lui caresser la joue, de le prendre dans mes bras et l’embrasser. Les yeux me piquent encore quelquefois…

Après son départ, ma plus grande crainte, et peut-être aussi mon plus grand espoir, était que la police nous l’apporte une seconde fois.

Ma plus grande crainte.
Car ce petit bonhomme avait besoin d’amour, et comme tous les enfants, d’un peu de stabilité.
Car j’avais peur que cette fois ce soit beaucoup plus difficile de faire apparaître les sourires sur ses  lèvres, de faire lever ses yeux vers d’autres yeux.
Car je savais que je ne pourrais pas l’accompagner jusqu’au bout, jusqu’au départ en adoption.
Et puis parce qu’il serait sans doute encore reparti, et là c’est peut-être pour moi que cela aurait été le plus difficile…

Mon plus grand espoir.
Car j’aimais très fort ce petit garçon.
Car j’aurais aimé qu’on me laisse prendre soin de lui un peu plus longtemps.
Parce qu’il ne mangeait pas tout à fait à sa faim avant son arrivée, et que son père l’avait oublié dans une rue.
Parce que ce qui rend à mes yeux les départs si beaux et les fait presque oublier ou en tous cas accepter avec sérénité, c’est l’amour que l’on peut voir unir les enfants à leurs parents, que ce soient les parents adoptifs ou biologiques… Alors que sa Maman ne lui avait pas parlé, ne l’avait pas regardé dans les yeux et ne l’avait pas embrassé en le prenant dans ses bras avant de repartir…
…Et même si elle l‘avait sans doute fait après.
Même si les Mamans qui venaient rechercher les enfants n‘étaient pas très démonstratives en général, soit gênées par notre présence et la situation, soit tout simplement parce que nous n‘avons pas la même culture.

Pour tout cela, j’ai pensé que la meilleure Maman du Monde de Joseph n’était peut-être pas celle avec qui il continue de grandir aujourd’hui et c’est la seule fois que j’ai regretté le départ d’un enfant.
Je ne suis pas sûre d’avoir été à la hauteur jusqu’à la fin. De l’avoir accompagné comme j’aurais dû, comme j’ai pu le faire avec les autres. Je m’en veux énormément d’être tombée dans le piège du jugement. Et puis, si j’acceptais de regarder les choses avec un peu plus de recul, est-ce que je ne devrais pas dire qu’elle avait eu un mouvement de recul et d’inquiétude en nous disant, devant Nabil que nous venions de réveiller, que ce n’était pas son fils ? N’était-ce pas le regard inquiet d’une mère ? Elle venait rechercher son petit garçon et d’un coup la seule piste qu’elle avait semblait disparaître. Le retrouverait-elle s’il n’était pas chez nous ?
Chez nous, chez lui…
Je m’en suis d’autant plus voulu que je jugeais celle auprès de qui Jojo vivait, celle auprès de qui il se réfugierait désormais quand il serait triste, celle qui allait entendre ses rires et cueillir ses sourires.
Pourvu qu’elle les cueille avant qu’ils ne se fanent…
Pourvu qu’il n’oublie pas de les laisser éclore…
Aujourd’hui, bien des mois ont passé, J’ai dû quitter Djibouti ses enfants et ses fleurs.

Nabil, qui était si maigre et refusait tout contact à son arrivée à la pouponnière est devenu un petit garçon bien rond et qui adore les câlins. Il a su profiter de la place dans mes bras, laissée par le « jaloux-malade Jojo» et n’était pas loin de lui ravir le titre après quelques semaines ! Il ne s’appelle plus Nabil. Il vit en France, dans sa famille, chez lui… Là-dessus au moins la vie ne m’a pas fait mentir : on lui a trouvé des parents qui l’aiment.
Quant à Joseph, qui ne s’appelle plus ainsi non plus, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’il est devenu. Je préfère penser qu’il est heureux avec sa famille, car c’est le plus probable et c’est aussi ce qui m’est le moins difficile à imaginer. Mais pour autant a-t-il assez à manger ? Va-t-il à l’école ? Est-il en bonne santé ? Je n’en sais rien, et ne peut rien y faire. Et quand bien même je le saurai, quand bien même je pourrai les aider lui et sa famille, combien sont-ils les petits Joseph de Djibouti qui n’ont pas atteint les six kilos à un an et n’ont pas la chance d’aller à l’école ?
Combien d’oisillons tombent de leur nid ?
De matelots à la mer ?
Je parle de lui car il est entré un jour dans ma vie, et moi dans la sienne, mais je sais bien qu’ils sont des dizaines qui auraient pu s’accrocher à mon col de boubou de la même façon. Rien qu’en un mois j’en ai rencontré deux : Nabil et Joseph… Deux petits débuts de vie mal en points qui appelaient au secours, chacun à sa façon.

Il paraît qu’on ne peut pas sauver le monde…
Mais on peut quand même essayer d’en réparer quelques miettes, modestement, et accepter que le reste nous échappe. Jouer les jardiniers et se découvrir la main verte. Pour cela il faut bien sûr accepter que d’autres profitent des fleurs que l’on a arrosées, taillées, protégées du mauvais temps, auxquelles on a fixé parfois un tuteur, le temps qu’elles se fortifient un peu…
On ne les voit plus mais elles ne sont pas fanées pour autant, elles fleurissent pour d’autres.
Tant qu’elles fleurissent encore, et qu’il y a quelqu’un pour s’en apercevoir, rien d’autre ne compte.
Ce sont les plus belles fleurs de nos vies…

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This entry was published on 15 janvier 2012 at 20 h 23 min. It’s filed under Djibouti and tagged , , . Bookmark the permalink. Follow any comments here with the RSS feed for this post.

One thought on “Les fleurs de la vie.

  1. LE CHAUX Corinne on said:

    " Les fleurs de la vie " : quelle belle expression !

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